Pillion – Représentation du kink dans la culture populaire
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Recon News
07 janvier 2026
Par le Dr Liam Wignall
La semaine dernière, je suis allé au cinéma voir le film Pillion. Il y avait une scène où un homme lèche le cul d'un autre, puis ils ont un rapport sur une table en plastique. Deux dames âgées, assises à côté de moi, ont dit à la fin du film : « Je crois qu'il me faudra un peu de temps pour digérer ce que je viens de voir. »
Les représentations du kink dans la culture populaire ne pourront jamais satisfaire tout le monde. Comme je l'ai écrit dans de précédents articles, le kink est un concept, un comportement et une identité aux multiples facettes. Il revêt différentes significations pour chacun·e ; il est donc impossible de présenter simplement tous ces aspects. Les représentations grand public du kink doivent aussi plaire à un public plus conventionnel : il faut bien que ce soit rentable. Si les adeptes du kink peuvent apprécier le fist-fucking sur grand écran (et discuter de la crédibilité du jeu des acteurs), les non-adeptes ne sont peut-être pas aussi ouverts à ce genre de choses et pas prêts à en faire leur programme du vendredi soir.
Mais ces représentations ont un pouvoir : elles modifient les compréhensions, influencent les perceptions et abordent (ou perpétuent) les stéréotypes. Les exemples médiatiques devraient faire l'objet d'une discussion critique au sein des communautés qu'ils cherchent à représenter.
Cela m'amène à Pillion. Basé sur le livre « Box Hill » d'Adam Mars-Jones, le film raconte l'histoire d'une relation BDSM entre Ray (Alexander Skarsgård), un dominant, et Colin (Harry Melling), un soumis. Il suit l'évolution de leur dynamique, Colin découvrant le monde du kink et passant du statut de novice à celui de soumis dévoué à Ray.
Si vous ne l'avez pas encore vu et que vous voulez éviter les spoilers, il vaut peut-être mieux attendre avant de lire la suite de cet article.
Lors d'interviews, Alexander a décrit le film comme une « Dom-Com » (une variante de la « Rom-Com » ou comédie romantique), et c'est une description tout à fait juste. Le film montre comment Colin tombe amoureux de Ray (il le lui dit explicitement), le sauvant d'une existence banale, et l'humour léger est présent tout au long du film. Dans une interview avec Mashable, j'ai expliqué qu'il possède toutes les caractéristiques d'une histoire d'amour traditionnelle, y compris le cadre de Noël.
Je ne suis pas critique de cinéma, mais je recommande vivement Pillion. C'est un excellent film. Il est divertissant, comporte des scènes drôles, et c'est génial de voir Alexander Skarsgård jouer une scène de sexe kinky nu sur grand écran. J'ai entendu dire que des gens avaient quitté la salle durant certaines scènes plus explicites lors de certaines projections. Mais le soir où j'y suis allé, je suis resté scotché à mon siège. Je me suis toutefois demandé quelles scènes étaient censées être explicites, puis j'ai réalisé que ma perception de l'explicité avait peut-être été influencée par mes recherches sur le kink au cours de la dernière décennie.
J'ai apprécié cette représentation assumée des penchants sexuels masculins homosexuels, un sujet généralement absent des médias grand public. Les initiés ont pu reconnaître des clins d'œil à leur sous-culture : les marques de vêtements portées, les chaînes, les colliers avec des clés, et la présence d'authentiques adeptes du cuir en arrière-plan (dont certains sont familiers aux membres de Recon). Contrairement à 50 nuances de Grey, ce film a clairement collaboré avec la communauté gay et ne s'adresse pas de manière aussi évidente à un public exclusivement hétérosexuel.
C'est le dernier point qui m'a le plus réchauffé le cœur : les démonstrations de véritables adeptes du kink montrant à quel point celui-ci fait partie intégrante de leur vie. Les façons subtiles de représenter les dynamiques d'échange de pouvoir, en s'asseyant aux pieds d'un Dom dans un pub, en utilisant des formules honorifiques pour communiquer et en montrant l'intimité des relations et des amitiés au sein des communautés kink. Dans ces exemples, le kink n'était pas présenté comme un concept salace et provocateur, mais comme une partie intégrante des interactions quotidiennes, ce qui manquait cruellement dans les représentations précédentes.
Cependant, il y avait également d'autres exemples de représentation du kink dans le film qui méritaient d'être explorés.
Même si nous savons qu'il était indispensable de concevoir ce film de manière à ce qu'il plaise au grand public cinéphile, il faut dire que Pillion comporte certaines représentations fétichistes qui n'ont rien à voir avec la réalité.
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Le premier problème concerne le personnage de Ray. Le film le présente comme un fétichiste distant, froid, et un peu comme une enflure. Il veut que les rôles soient bien définis : Ray est le dominant, et Colin doit faire tout ce qu'il lui dit. Ray ne veut ni adapter les rôles ni en parler : lorsque le sujet est abordé, il change rapidement de conversation. Il y a une exception lorsque la mère de Colin décède, mais tout revient à la « normale » le jour suivant.
Ce n'est pas une description fidèle d'une relation BDSM 24h/24 et 7j/7 et cela pose problème. On peut considérer qu'il s'agit d'une relation abusive dans laquelle Ray profite de Colin. J'ai fait des recherches sur les relations BDSM 24h/24 et 7j/7 et je connais des personnes qui en font partie. Il faut du temps pour découvrir les envies, les besoins, les désirs, les attentes et les limites des deux personnes concernées. Il existe un dialogue ouvert entre le dominant et le soumis, ce qui manque dans Pillion.
La présence d'un tel exemple de communication à l'écran aurait grandement contribué à la lutte contre les stéréotypes liés au fétichisme. Le grand public risque désormais de percevoir la relation décrite dans Pillion comme la norme, et non comme l'exception. Les dominants et les soumis pourraient également y voir un exemple de dynamique saine, ce qui est loin d'être le cas.
Le deuxième problème avec Ray est qu'il évite toute intimité et est présenté comme incapable d'aimer, ce qui le fait passer pour quelqu'un de froid et violent. Ce stéréotype du dominant sans amour est préoccupant et peut amener le public à supposer que cela est dû à un traumatisme passé. Un de mes amis, en totale opposition avec cette représentation, m'a dit : « Les personnes adeptes du BDSM ne le sont pas parce qu'elles sont trop abîmées pour être autre chose ». Le film est plus complexe que cela, mais l'histoire de Ray est plus proche de l'idée qu'il aime le fétichisme parce qu'il est incapable de fonctionner comme un être humain normal.
Ray a peut-être des idées très précises sur ce que devrait être une relation fétichiste. L'intimité peut brouiller les limites et rendre difficile pour Ray de voir Colin comme un soumis/esclave – il peut être plus difficile d'accepter un abus consensuel si l'on a une relation intime avec cette personne, même si c'est ce que vous voulez tous les deux. En parler à l'écran et expliquer le raisonnement de Ray aurait aidé le public à comprendre cette situation, au lieu que tout se termine pour un baiser.
En ce qui me concerne, c'est ce qui m'a le plus manqué dans le film : la communication sur les aspects les plus secrets de la dynamique dominant/soumis. Le film offre de nombreuses possibilités d'explorer ce sujet, comme lorsque Colin se fait raser la tête, ce qui aurait pu donner une perspective beaucoup plus large sur l'évolution de leur relation.
Cependant, Pillion fournit des exemples de relations kinky saines et réalistes. Non pas à travers les personnages principaux, mais en arrière-plan du film, à travers de véritables fétichistes. Nous voyons un respect mutuel entre les dominants et les soumis. Nous entendons également Kevin (Jake Shears) expliquer qu'il ne pourrait pas avoir la même relation que Ray et Colin, ce qui nous montre qu'il ne s'agit pas d'une dynamique kink « normale ». Lorsque les occasions de présenter le kink au grand public sont limitées, mettre l'accent sur des aspects tels que l'intimité et la communication aide le public à comprendre la profondeur des relations fétichistes.
Heureusement, à la fin du film, Colin réalise l'importance de la communication et des limites, crée un profil Grindr pour trouver un Dom (ce qui semble ridicule quand on sait qu'il existe des applications comme Recon) et expose ses désirs et ses besoins. Le public suppose qu'il a pris conscience des erreurs commises dans sa précédente relation et qu'il souhaite en trouver une plus saine, démontrant ainsi une évolution personnelle. Malheureusement, le film suscite d'autres attentes irréalistes lorsqu'un autre beau Dom (Anthony Welsh) se présente immédiatement pour que Colin le serve.
Je me demande combien de fétichistes ont vu le film et ont réfléchi à leur propre dynamique BDSM et à leur façon de communiquer, ou au type de relation qu'ils pourraient rechercher à l'avenir ?
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